lundi 17 décembre 2012

Best of 2012

2012! It's 2012! by Cecil Parks on Grooveshark  

En 2012, la musique est plus facile à se procurer que jamais auparavant. 
De multiples blogues et services en ligne placent chaque jour à notre portée  
une multitude de nouvelles chansons et de nouveaux artistes.  
Ajoutez-y le hype des blogues tentant de ne pas prendre de retard l'un sur l'autre 
et s'emportant pour des plaisirs sensoriels très éphémères, 
et il en résulte beaucoup de bruit pour attirer notre attention toujours décroissante. 
Mais le pire, c'est l'impression que j'ai,
dès que je prends le temps de vraiment plonger dans un album,
que je suis en train de manquer quelque chose d'autre de peut-être meilleur.

Y a-t-il des albums que je n'ai pas le temps d'apprivoiser,
voire même pas d'entendre ?
 

Certains albums sont excellents mais ne me font aucun effet. 
D'autres résonnent à ma fréquence sans que j'aie la moindre idée du comment.  
Voici une liste de 20 de ces derniers pour 2012, en ordre approximatif.



Swans - The Seer (Young God)
La phrase qui revient souvent au sujet de cet album, c'est la citation du leader Michael Gira à l'effet que ce soit à son avis la culmination de 30 ans de carrière, le mariage parfait de toutes les choses qu'il a su bien faire depuis les débuts de Swans en 1982. Je partage son opinion d'une façon tout à fait personnelle: l'album représente pour moi la culmination de 30 ans d'écoute active de musique. Tous les moments où j'ai laissé la curiosité, l'entêtement et le snobisme élargir mes horizons musicaux m'ont mené à cet énorme monolithe, ce monument sonore érigé en l'honneur de la quête du sublime et du rejet total de la banalité plaisante.

Liars - WIXIW (Mute)
Quel plaisir de voir Liars vieillir. Ils sont rares, les groupes qui sont disposés à se remettre en question avec chaque nouveau projet. C'est le genre d'attitude qui déchire la plupart des groupes avant le troisième album. WIXIW, le sixième album de Liars, est leur plus synthétique mais aussi leur plus humain.






 

Converge - All We Love We Leave Behind (Epitaph)
La brutalité sonore de Converge camoufle une finesse peu commune. Les groupes qui n'ont plus rien à prouver et qui règnent en maître sur leur genre ont tendance à s'assoir sur leurs lauriers. Ce serait mal connaître Converge, qui à ce titre est du calibre des grands comme Fugazi. Ils mettent constamment de nouvelles idées de l'avant et esquivent les échecs avec une aisance inouïe.
Dope Body - Natural History (Drag City)
J'ai un parti pris pour les groupes qui se sont formés après 2005 et qui ont su attirer l'attention sans aller s'installer à Brooklyn. On a parfois l'impression que ces groupes sont minoritaires! Un d'eux est Dope Body de Baltimore, qui a lancé un deuxième album d'une vigueur et d'une vitalité surprenantes cette année. Des grooves d'hommes des cavernes et des passages bizarres où le groupe se moque du jock rock tout en y rendant hommage.

Demdike Stare - Elemental (Modern Love)
De la musique électronique déstabilisante, dépaysante et lugubre. Andy Stott était sur toutes les lèvres cet automne, non sans raison, mais dans un genre similaire je préfère encore Demdike Stare.



Father John Misty - Fear Fun (Sub Pop)
Quel magnifique bâtard dépravé que ce Josh Tillman. Fear Fun habite un monde parallèle resté prisonnier de la scène soft rock de Los Angeles des années 1970. C'est un album à la fois totalement sincère et pince-sans-rire, grivois et touchant. Et entendre une vraie belle voix couchée sur du matériel aussi décadent, ça fait du bien.
Zammuto - Zammuto (Temporary Residence)
La dissolution de The Books m'a attristé, mais ce premier album de Nick Zammuto, moitié chantante du duo, m'a fait chaud au coeur. Exit les collages de sons trouvés, ce qui est un peu dommage. Reste tout de même les méthodes non-orthodoxes de Zammuto et son instinct pour les mélodies inhabituelles. On sent que la formation n'est pas encore certaine d'où elle va, mais avec un tel baptême, je veux être là pour la suite.

Grizzly Bear - Shields (Warp)
Avec cet album, j'ai appris à arrêter de douter de Grizzly Bear et à les laisser me porter. Ils savent comment mettre le doigt sur une beauté juste un peu malsaine, juste assez triste et amère pour qu'on s'y reconnaisse. Et j'y entends quelque chose d'un peu sexy... C'est juste moi ?
 

Health - Max Payne 3 Soundtrack (Rockstar)
Je voulais un vrai album de HEALTH cette année ; je l'ai presque eu avec la bande originale du jeu Max Payne 3. C'est une trame sonore avec les désavantages de la forme: la musique s'efface par moments pour ne pas distraire le joueur (et dieu sait que si HEALTH le désirait, il pourrait distraire). Malgré des passages un peu légers, HEALTH est en grande forme.
Carter Tutti Void - Transverse (Mute)
Collaboration improvisée et impromptue entre Chris Carter et Cosey Tutti de Throbbing Gristle et Nik Void de Factory Floor, enregistrée en spectacle à un festival organisé par les disques Mute. On dit que le public à ce concert était complètement en transe. Je n'ai aucune difficulté à y croire. 

Flying Lotus - Until the Quiet Comes (Warp)
Mes attentes étaient énormes, peut-être trop pour être totalement satisfaites, mais Quiet est tout de même massif et envoutant. Du collage électronique de grande qualité.







Goat - World Music (Rocket)
Même si on ignore la drôle de mythologie que le groupe a inventée (enfance passée dans l'isolement d'une secte vaudoue émigrée en Suède), World Music a quelque chose de fascinant. C'est comme découvrir le corps momifié d'un animal difforme parfaitement préservé depuis 1973.

Torche - Harmonicraft (Volcom Entertainment)
Soundgarden a effectué un retour cette année, mais son absence n'était pas vraiment ressentie puisque Torche était déjà là pour porter le flambeau du gros rock rappelant Sabbath et Kyuss avec un côté aussi accrocheur que Cheap Trick. Pas tout à fait aussi bon que leur Meanderthal de 2008, mais vraiment pas loin.





Gros Mené - Agnus Dei (Grosse boîte)
Une fois que je me suis fait à l'idée que Gros Mené ne ferait pas et ne pouvait pas faire un autre Tue ce drum, je me suis laissé convaincre par Agnus Dei. Au lieu de sonner Melvins et pigfuck, Gros Mené s'est assagi et sonne maintenant plutôt QOTSA et Black Keys, mais la plume de Fred Fortin reste morveuse et charmante. Liminant Ménard me fait encore rire de surprise.






Tim Hecker et Daniel Lopatin - Accidental Tourist (Software)
La musique ambiante a le désavantage de se situer à la frontière du new age insipide et pépère où rien ne se passe. Très difficile de mettre le doigt sur ce qui rend un drone ou un bruit captivant, et bien malin qui peut trouver la recette pour en faire un album entier. Hecker et Lopatin eux-mêmes n'y arrivent pas toujours, mais cette nouvelle collaboration improvisée est une surprenante réussite.


Micachu and The Shapes - Never (Rough Trade)
J'attendais Micachu de pied ferme. Après un premier album réjouissant, elle avait fait un album semi-symphonique qui m'avait laissé tiède. Ce deuxième album avec les Shapes est un retour à la forme de Jewellery (2009), mais avec une attitude un peu plus sérieuse (ou plus adutle?) dans sa façon enjouée d'explorer de nouvelles sonorités. Très l'fun.

Ricardo Villalobos - Dependent and Happy (Perlon)
Dans le monde microhouse de Villalobos, tous les sons ont potentiellement leur place. Ses compositions progressent et croissent sans jamais céder au dénouement facile, et chaque moment d'attention révèle des trésors.

Neurosis - Honor Found in Decay (Relapse/Neurot)
Ces grands druides du doom metal ont trouvé la palette de sons qu'il faut pour refaire toujours la même chose sans vraiment se répéter. La réalisation de Steve Albini, comme toujours, donne l'impression d'être au centre de l'action.

Dusted - Total Dust (Polyvinyl)
Brian Borcherdt mène un joyeux boucan avec son groupe Holy Fuck, mais il a aussi fait de l'excellent pop-rock en solo et au sein de By Divine Right. Il explore ici son amour de Neil Young et du folk-rock sale en compagnie d'un batteur. C'est aussi poussiéreux que le nom suggère, et ça s'incruste profondément dans vos oreilles.



Ben Vida - esstends-esstends-esstends (Pan)
Pas facile à décrire comme album, mais décidément unique. Ben Vida manipule les fréquences synthétiques dans le but de créer une illusion de positionnement du bruit dans l'esapce. À écouter avec un casque pour un mindfuck de haut niveau. Et sobre, pour votre propre santé mentale.







 


Mentions très honorables à:

Black Dice - Mr. Impossible
Oneida - A List of the Burning Mountains / Man Forever - Pansophical Cataract
Metz - Metz
Andy Stott - Luxury Problems
"Blue" Gene Tyranny - Detours



Vidéoclips de l'année:

Liars - Brats
HEALTH - Tears
Grimes - Oblivion

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