Il y avait un article intéressant l'autre matin sur Tinymixtapes, dans lequel une dénommée NicoleMC99 raconte comment a débuté son parcours vers la musique... disons... méconnue et émergente. Elle raconte comment son éveil musical a commencé pour toutes les mauvaise raisons, et par Dave Mathews Band, étonnamment. Elle en profite pour inviter les lecteurs à lui envoyer leur propre histoire, mais au lieu de répondre à son appel directement, j'ai choisi d'écrire sur le sujet pour moi-même.
Il y avait toujours de la musique à la maison. Mon père était mélomane sur les bords et nous (mon grand frère, ma grande soeur et moi) écoutions beaucoup de radio top 40. Un ami de mon frère, Christian C., trippait pas mal sur le hardcore américain de l'époque. Peu de monde dans notre coin aimait ça, et il essayait de convaincre d'autres gars de son âge que c'était la musique la plus passionnante qui soit. Il a donc fait un mixtape pour mon frère, qui n'a pas apprécié plus qu'il faut et qui l'a probablement écouté seulement quelques fois. Moi, par contre, j'étais accro. Cette musique faisait peur au petit flo que j'étais, mais me fascinait. Il y avait là-dessus des chansons de 7 Seconds (Walk Together Rock Together, Colourblind), Wehrmacht (You Broke My Heart So I Broke Your Face), MDC (Skinhead), Dead Kennedys (Take This Job and Shove It), Verbal Abuse (V.A. Rocks Your Liver) et bien d'autres, dont les incontournables français de l'époque, Béru et Ludwig von 88.
La révélation pour moi cependant a été DRI. Christian avait pris la peine de faire un tape de Dealing With It en entier, parce qu'il jugeait, et avec raison, qu'aucune chanson de cet album ne méritait d'être ignorée. J'étais terrifié par la vitesse d'exécution de ce groupe, par ses riffs rasoir et sa réalisation de garage, mais stimulé de découvrir que de tels groupes pouvaient exister et lancer des albums que la radio que je connaissais n'aurait jamais fait jouer dans cent ans.
Simultanément à tout ça, ma mère nous a inscrits au club de la Maison Columbia. Évidemment, il n'y avait pas de hardcore et de labels indépendants dans leur catalogue, alors mon frère et moi nous sommes rabattus sur tout ce que le club avait de métal à offrir. Les discographies d'Anthrax, Megadeth, et Metallica y sont toutes passées, ainsi que quelques autres plus gênants comme Whitesnake et White Lion, et d'autres légèrement plus obscurs comme Kreator. Même si ces bands faisaient partie de maisons de disques major, je ne connaissais presque personne qui les aimait et c'était plus qu'assez pour me sentir unique et spécial.
J'ai fait partie d'un cover band juste avant l'explosion grunge. Notre spécialité était les covers de Metallica et de Megadeth. Les années 92 et 93 ont été cruciales pour me donner envie d'arrêter de jouer les chansons des autres. Curieusement, et contrairement à l'idée qu'on se fait maintenant de cette époque, ce n'est pas Nirvana et Sonic Youth qui m'ont poussé vers la musique alternative. L'album-phare pour moi, celui qui m'a convaincu qu'être bizarre était une bonne chose, c'est Angel Dust par Faith No More. Comprenons-nous bien: FNM a fait pas mal de marde, mais il y a une grande liberté sur Angel Dust, une volonté de ne pas se limiter aux grosses guitares et à l'agressivité. Le petit metalhead que j'étais aurait facilement pu considérer ça comme un signe de faiblesse de leur part, mais j'étais en fait impressionné. J'avais soif de choses différentes, et cet album me l'a clairement fait comprendre.
C'est à peu près tout, je suppose. Je savais dès un très jeune âge que la musique serait ma grande préoccupation. La musique underground a frappé plusieurs fois à ma porte avant que je la prenne au sérieux, mais une fois les présentations faites, il n'y avait plus d'autre option.